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La croix du Prince de Condé

Un audio guide est disponible ici

Nous sommes ici à l’emplacement d’un des deux châteaux de St-Leu dit Château du bas; le second se trouvait en forêt à la  limite de St-Prix. Le Château du haut était le plus ancien; dès le 14èmesiècle, on en trouve des actes le concernant. Il a notamment appartenu en 1469, au célèbre Jean de Nivelle de la maison de Montmorency, seigneur de St-Leu, vassal de la famille de Montmorency.

Quand Henry II Duc de Montmorency, petit-fils d’Anne de Montmorency, est fait prisonnier et décapité à Toulouse le 30 octobre 1632, sa sœur Charlotte, mariée à Henry II de Bourbon Condé, hérite du domaine et les  Condé deviennent Hauts-seigneurs de St-Leu, avec droit de haute, moyenne et basse justice.

Après sa vente le château du haut est reconstruit en 1645 par Le Clerc de Lesseville, les Condé gardant les droits de justice. A la fin du 17ème siècle Lorieul de la Noue rachète le château et une propriété attenante sur laquelle il fait construire le château du bas, mais à la suite d’une faillite frauduleuse l’ensemble est partagé et revendu séparément.

En 1780, la Duchesse de Chartres, épouse de Louis Philippe Joseph d’Orléans (futur Philippe égalité) achète le Château du bas. Madame de Genlis, la maitresse de Philippe égalité, devient « gouverneur » des trois enfants du couple; parmi ces trois enfants se trouve le futur roi des français, Louis Philippe 1er.

En 1804, Louis Bonaparte, frère de Napoléon, marié à Hortense de Beauharnais, achète les deux Châteaux. Il fait démolir celui du haut et réaliser par Louis-Martin Berthault un parc de pres de 80 hectares comportant de multiples fabriques, une rivière, un embarcadère, un belvédère, plusieurs iles et de gros rochers abritant même un logement sous l' une des cascades.

 

Louis-Henry-Joseph de Bourbon Condé (1756-1830) achète le Château et son parc en 1819. Il revient d’émigration avec son père, accompagnée de Sophie Dawes, de 30 ans sa cadette, qu’il a rencontrée dans une maison close de Londres et qu’il fait passer pour sa fille naturelle.

Rappelons que son fils Louis Henri, Duc d’Enghien, avait  été fusillé sur ordre de Bonaparte, Premier Consul, sur l'instigation fort vraisemblable de Talleyrand, à Vincennes le 21 mars 1804. 

Pour pouvoir accéder à la Cour avec elle, le Duc lui fait épouser un officier de sa maison, le Baron Adrien Victor de Feuchères. Louis et Sophie ont vécu en permanence au Palais Bourbon, au Château de Chantilly ou à celui de St-Leu. Mais le Baron, se rendant compte de son infortune, quitte sa femme et cette séparation, en 1824, prive la Baronne de son statut mondain.

Louis était à la tête de la première fortune de France : Chantilly, Ecouen, Mortefontaine,Saint-Leu, Boissy ….. N’ayant plus d’héritier, à 65 ans et sur l'insistance de la Baronne, il accepte d’être le parrain du Duc d’Aumale, huitième enfant de Louis-Philippe d’Orléans. En 1827, elle s’arrange, avec l''appui de Talleyrand, pour négocier un testament en faveur du Duc d’Aumale. 

Après les « 3 glorieuses », Louis-Philippe 1er d’Orléans, est porté au pouvoir en juillet 1830. Le Prince de Condé n’apprécie pas du tout l'attitude des Orléanistes, parle de quitter la France et de modifier son testament. La Baronne se rend immédiatement à Paris pour rencontrer entre autres Talleyrand et sans doute Louis Philippe.

Le Prince est retrouvé pendu à l’espagnolette de la fenêtre de sa chambre le 27 août 1830. La police et le Roi concluent à un suicide malgré une tentative de procès des autres héritiers, les Rohan, qui seront déboutés.

La mort du Prince de Condé demeure une énigme historique suscitant encore de nombreux débats même s'il est quasiment acquis qu'il y eut assassinat camouflé. Peut-être cet assassinat fut-il issu d'un jeu érotique poussé trop loin ! 

Le Duc d’Aumale (il avait 8 ans) hérite d’une fortune de plus de 66 millions de francs de  capital, produisant 2 millions de francs de revenu annuel.

La Baronne hérite d’une somme de 2 millions de francs, ainsi que des châteaux de St-Leu, Boissy, du domaine d’Enghien, de la forêt de Montmorency et du domaine de Mortefontaine.

La Baronne est soupçonnée, mais l’enquête n’a pu prouver que le décès ait eu une origine criminelle. Mal vue à St-Leu, elle se retire à Mortefontaine puis rapidement vend ses propriétés pour retourner à Londres, où elle meurt le 15 décembre1840.

En 1837 le Château est démantelé pour la pierre, dont on retrouve trace un peu partout dans St Leu et même à Enghien.

En 1843, le Vicomte Walsh, qui était légitimiste, trouvant scandaleux qu’en France il n’y ait aucun monument à la gloire de la famille des Condé, lance une souscription à cet effet. Il peut acheter ce terrain car il était précisé au cadastre que cette parcelle était située à l’emplacement où on avait trouvé le Prince mort.

Le monument fut inauguré le 27 juin 1844 sur un terrain acheté par le vicomte Édouard-Joseph Walsh le 31 décembre 1841. La croix fut élevée grâce à une souscription publique ouverte dans le journal « La Mode » du 25 novembre 1842 et close le 25 février 1843. L’œuvre est due au statuaire Fauginet sur des plans de l’architecte Leveil. Elle mesure 42 pieds de hauteur totale, soit environ 13,50 mètres. Le fût de la colonne est en marbre blanc de Nemours ; il repose sur un piédestal de pierre dure en forme de quadrilatère composé de marches. Des deux côtés et au pied de celle-ci qui porte une couronne de fleurs de lys, figuraient deux anges, symboles des succès et du déclin de la Maison de Condé ; ils ont été enlevés pour leur sauvegarde mais sur le piédestal figurent toujours des heaumes, visières baissées, symbolisant le passé militaire de la maison Condé.

 

Sur le socle on peut lire l’inscription « LOUIS-HENRI-JOSEPH DE BOURBON, prince de Condé, né à Paris, le XIII avril MDCCLVI, mort à Saint-Leu le 27 août MDCCCXXX » ainsi que celles rendant hommage aux huit titulaires antérieurs du titre de Prince de Condé avec leurs  lieux et dates de naissance et de mort. Le dixième descendant fut Louis Antoine de Bourbon-Condé, Duc d’Enghien fusillé dans les fossés du château de Vincennes le 21 mars 1804 sur ordre de Bonaparte et dont une plaque commémore aussi la mémoire.

Sur la colonne figurent les lieux illustres de la famille, qu’ils aient été des lieux de victoires militaires ou des lieux de deuil : Rocroi, Fribourg, Lens, Nortlingue, Senef, pour le premier cas, Vincennes et  Saint-Leu pour le second. Le monument a été offert en 1912 à la Société Civile de Dreux qui l’a ensuite transmis à la Fondation Saint-Louis qui en est toujours propriétaire. (cf. « La mémoire du Prince de Condé à St Leu la Forêt » N° spécial de la revue de l’AHGEHVO « Nos Racines » Sept.2009).

 

 

 

 Vous trouverez la Croix du Prince de Condé au 78 rue du Château.